Accueil Anthology of American Folk Music Chapitre 1 de l’Anthologie de la Folk Américaine d’Harry Smith : Henry Lee – Dick Justice

Chapitre 1 de l’Anthologie de la Folk Américaine d’Harry Smith : Henry Lee – Dick Justice

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Harry smith baptise le premier volume de son anthologie : Ballads
Il est composé de 2 disques et 27 chansons en tout

Un peu d’histoire 

La tradition des ballades telle que nous la connaissons aujourd’hui est liée aux ménestrels et troubadours qui ont voyagé dans la majeure partie de l’Europe au Moyen Âge. Cette tradition était particulièrement importante dans les îles britanniques du XVe au XVIIIe siècle. Ces vieilles compositions  racontent des histoires de noblesse, de romance, d’amour, de conflits familiaux, de héros, de monstres, de fantômes, de mort, de trahison et de meurtre. Leurs thèmes sont fortement ancrés dans des sociétés où la magie et le mystère sont encore très présentes. Elles sont apportés, aux Etats Unis, par Les migrants d’ Angleterre , des basses terres écossaises et d’ Ulster qui sont arrivés aux 17e et 18e siècles . Il s’agit de chansons qui se présentent toujours comme une suite de strophes racontant une histoire avec peu de changement mélodique et harmonique. Concernant les compositeurs il existe deux grandes écoles de pensée sur le sujet. Les communautaristes qui soutiennent que les ballades sont à l’origine des compositions communautaires, et les «individualistes» qui affirment qu’il y existe un auteur unique.
Si Les ballades britanniques, pour d’évidentes raisons historiques composent la grande majorité de l’héritage sur lequel se fondera la folk Américaine, il existait également, pour la petite histoire, une tradition de ballades en France. Ces chansons ont davantage migré vers le Québec
On en retrouve des témoignages discographiques chez des musiciens comme Paul Brunelle par exemple.

La chanson du prisonnier
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Si les Ballades Francaises ont connu un certain succès au Québec elles sont néanmoins restés ancrées dans le répertoire trad. Il en est allé tout autrement aux Etats Unis où les artistes contemporains se sont saisie de ce répertoire pour sans cesse le réinventer et l’adapter à leur époque..

Pour ce qui concerne le répertoire britannique un travail d’inventaire absolument fondamental a été réalisé par Francis James Child au cours de la seconde moitié du 19e siècle.

Ce professeur né en 1825, a réussi à intégrer l’université d’Haward malgré la pauvreté de sa famille. Il était en quelque sorte un précurseur pour ce qui concerne le rêve Américain. Il est monté à force de travail et d’intelligence jusqu’au poste de professeur émérite de l’université. Il en a gardé une reconnaissance éternelle pour la littérature et la poésie à laquelle il a consacré toute sa vie. Son objectif était de rendre la culture accessible à tous car il savait d’expérience qu’elle représentait le plus sûr moyen d’émancipation sociale. Pour ce faire Il supervisa, par exemple,  la publication d’un recueil de plusieurs volume consacré aux œuvres des poètes britanniques, dont le travail étaient auparavant peu accessible au public. De 1882–1898, il travailla à répertorier les ballades Écossaises et Anglaises qui ont été importé par les migrants au cours du 17eme et 18ee siècle. Dix recueils furent publiés sous le nom générique de « The English and Scottish Popular Ballads ». recensant et contextualisant 305 chansons en tout et..1600 variantes !. Si le travail de Child n’est pas exhaustif il reste à ce jour le plus complet. D’autres ouvrages ont abordés le même sujet avant child, mais jamais de manière aussi détaillé. l’érudition de Child brille en effet tout au long de cette collection par sa capacité à replacer le répertoire britannique dans un contexte plus large, danois, serbes ou turcs en particulier. .
Ce travail lui demanda un investissement presque inhumain. Il mourra avant d’avoir achevé l’œuvre dont le dernier volume sera posthume. Aujourd’hui encore les motivations de Child sont mal connues. Il n’écrira en effet jamais l’introduction à ses volumes qui aurait pu expliquer le choix des chansons où ses motivations pour s’être lancé dans un tel projet. Ce mystère continue à travailler de nombreux historiens de la musique folk , à tel point que Michael Bell, un professeur qui a enseigné au Grinnell College avant de terminer sa carrière en tant que vice président à l’université Transylvania à Lexington, s’est récemment penché sur le sujet.

Les seules sources qui restent à ce jour existantes sont les lettres que Child envoyaient à ces proches tout au long de sa vie. Après les avoir toutes étudiées, Michael Bell en conclut qu’ il s’agissait probablement pour child de faire remonter la culture populaire à la hauteur de celle des élites. Child a en effet toujours ressentie une certaine culpabilité de s’être extrait de la classe ouvrière et pauvre dans laquelle il avait grandi. En ce penchant sur ce vieux répertoire il disait avoir le sentiment de retrouver un temps où la séparation des classes sociales étaient moins marquées. Le travail sur l’héritage folk serait un hommage à cette période où le peuple était unis et indivisible. Ce point de vue a depuis été largement remis en cause par les historiens qui se sont penchés sur le travail de Child. En effet Child a principalement collecté des œuvres postérieures au 16eme siècle, une période où la société était déjà très hiérarchisée.

Une autre critique du travail de Child repose sur le choix des Ballades. Les critères de Child n’avaient rien de scientifiques. Il se reposait essentiellement sur son goût et son intuition pour décider s ‘il fallait inclure ou non une chanson à son travail. certaines ballades ont été laissées de côté, principalement à cause de thèmes sexuels, scatologiques et blasphématoires que Child exécrait. Ses tabous expliquent, en grande partie, l’absence de très vieilles ballades populaires telles que » The Sea Crab « , qui raconte l’histoire d’un coquillage laissé dans un pot de chambre, qui saisit les parties génitales d’une femme lorsqu’elle s’accroupit pour l’utiliser . Une autre ballade du nom de « The Bitter Withy »,s’inspirant d’une légende chrétienne apocryphes qui dépeint un jeune Jésus tuant avec colère trois enfants et recevant ensuite une raclée de la Vierge Marie, a probablement été laissé de côté à cause de son aspect blasphématoire. D’autres ballades ont été omises pour des raisons encore plus obscures.  »Frog and Mouse », une très ancienne chanson connue sous des titres différents comme « Froggy would A-Wooing Go » et « Uncle Rat », en est un exemple. Les relations entre deux animaux d’espèce différentes ont t’elles renvoyé Child au sujet alors tabou des amours interraciales? Ou y avait-il simplement une règle tacite selon laquelle les ballades ne devaient concerner que les humains? Nous ne le serons sans doute jamais. Certaines chansons ont été intégré dans un volume mais retirées des rééditions, là encore Child ne s’en est jamais expliqué.

Quoi qu’il en soit le travail de child eut un tel écho qu’ on désigna peu à peu ce répertoire sous le nom de : The Child Ballad’s. Cette dénomination est encore utilisé aujourd’hui par les musiciens lorsqu’ils se penchent sur ces chansons. Les artistes qui ont fait vivre ce répertoire son innombrables. On peut citer Joan Baez qui en a chanté une dizaine, répartie sur ses cinq premiers albums, en les répertoriant dans les notes des pochettes comme telles. Des groupes de rock folk britannique tels que Fairport Convention , Pentangle et Steeleye Span se sont fortement inspirés des Child Ballads dans leurs répertoires,   »Gallis Pole » apparaît sur l’album Led Zeppelin III sous le nom de « Gallows Pole ». Fleet Foxes a inclus «  The Fause Knight Upon the Road  » en face B du single  Mykonos..la liste est presque sans fin.
Certains auteurs compositeurs ont également utilisé ce répertoire comme matière première pour créer leurs propres chansons. On pense à Woody Guthrie mais le plus célèbre d’entre eux reste, bien entendu Bob Dylan. A Hard Rain is gonna fall est en partie une réécriture de « Lord Randall ». Cette Ballade, qui date du 17eme siècle consiste en un dialogue entre un jeune Lord et sa mère. Lord Randall rentre chez sa mère après avoir rendu visite à son amant. À travers l’enquête de la mère, il est progressivement révélé que le Seigneur a été empoisonné par son amant, qui l’a nourri d’anguilles empoisonnées. Le motif de son amant pour l’empoisonner n’est jamais révélé. Bob Dylan a modélisé sa chanson sur « Lord Randall », en reprenant en particulier la forme interrogative de la chanson ainsi que les personnages de la mère et de l’enfant.
Voici une des nombreuses versions de la chanson originale

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Girl from the North Country, autre exemple, est une réinvention d’une vieille ballade écossaise du nom de Scarborough Fair que l’on retrouve, bien entendu, dans la liste des child ballad.
Outre les historiens de la folk music Harry Smith a également été fortement inspiré par certains lieux géographique pour construire son anthologie. Les montagne des Appalaches, en particulier, ont constitué pour Smith un réservoir très important d’artistes et d’enregistrements .

Là bas, les migrants en particulier britanniques ont apportés avec eux les traditions musicales de leurs pays d’origine. Leur musique s’est au fil des générations transformé, lorsque les descendants des colons ont oublié les personnes et les événements qui inspiraient les chants d’origines. Bientôt les ballades d’origines ont été adapté à des évènements locaux. Les mélodies elles mêmes ont été modifié sous les influences de la musique d’autres colons, Allemands, Néerlandais ou Français. L’influence la plus importante reste cependant celles des afro américains. Ils apportèrent au répertoire orignal de nouveaux instruments tel que le banjo. Cet instrument, appelé aussi banjar, bangie, banjer ou banza était joué au début du 17ème siècle par les esclaves africains. Ils construisaient leurs instruments à partir de gourdes, de bois et de peaux tannées, et utilisaient du chanvre ou du boyau pour faire leurs cordes.
Le banjo « standard » du 18ème siècle avait 4 cordes en boyau, et sur le manche, il n’y avait pas de frettes. Au début du 19ème siècle, on a rajouté une corde aiguë et, plus tard, les cordes en métal remplacèrent celles en boyau, et les frettes sur le manche furent rajoutées.Le premier écrit mentionnant des blancs jouant du banjo date de 1773, en provenance d’une plantation de Virginie. Le propriétaire scandalisé, nota dans son journal que deux garçons à sa charge (des adolescents) avaient passé la nuit à jouer sur des banjers avec les « nègres ». Pourtant A partir du 19eme siècle le banjo devint un partenaire presque indispensable des ballades des Appalaches. il jouait la même mélodie que le violon tout en en procurant un accompagnement rythmique dynamique.

Bientôt cette musique, au croisement entre le violon Européen et le Banjo Africain sera appelé Hillbilly Music. Il est difficile de déterminé l’origine exacte de ce terme mais il semblerait qu’il fut adopté dans les années 20 lorsque le producteur Ralph Peer cherchait des groupes à enregistrer dans les Appalaches; il enregistra l’orchestre à cordes du violoniste Al Hopkins; il lui demanda alors quel était le style de cette musique et Hopkins lui répondit « We’re just a bunch of hillbillies from North Carolina and Virginia. Call it anything you want » La musique des Appalaches fut ainsi dénommée la « Hillbilly Music ». Ce terme plutôt péjoratif finit par désigner tous ceux que l’Amérique des villes considérait comme les ploucs habitants dans les vieilles montagnes, loin de la civilisation. Lorsque la musique des Appalaches commença, grâce à des musiciens comme Pete Seeger, à intéresser les milieux bourgeois on rebaptisa le style « Old Music » effaçant au passage toutes une partie de l’héritage des musiques traditionnelles provenant d’autres régions des États Unis (en particulier du Midwest et du Texas)

Si d’autres régions des Etats Unis ont donc connu la même histoire que celles des Appalaches du sud, et possédaient, eux aussi, leur répertoire incluant leur spécificité et leur richesse, aucune de ces régions n’a su préserver l’héritage de manière aussi remarquable. Cette spécificité est essentiellement dû à des raisons géographiques. La géographie très accidentée a empêché pendant longtemps la construction de grandes routes et le développement économique de la région. Jusqu’au début du 20eme siècle les Appalaches restaient des territoires isolés et pauvres. Cet isolement à contribué à préserver leur patrimoine musical intact.
Au début du 20ème siècle, les Etats-Unis commencèrent pourtant à s’industrialiser de façon intensive, les besoins en énergie furent donc très importants. Les Appalaches, en particulier leur partie méridionale, regorgeaient de charbon. Pour amener le matériel et évacuer le minerai il fallait des routes, des chemins de fer. Dans cette contrée faiblement peuplée qui vivait depuis plus d’un siècle repliée sur elle-même, on a donc vu arriver une nuée de migrants attirés par les bons salaires que versaient les compagnies charbonnières. Ces migrants eurent une influence sur les musiciens des Appalaches. Les nouveaux venus apportèrent avec eux des guitares qui serviraient bientôt d’instruments d’accompagnement tout comme le banjo. Les italiens emmenèrent des mandolines et des autoharpe qui peut à peu remplaçaient le dulcimer qui était un des instruments traditionnel des Appalaches. A partir des années 20, avec l’industrialisation et l’augmentation de la population la radio fit son apparition dans les montagnes et des programmes musicaux destinés plus particulièrement à la population locale, basés sur la musique de la région, virent le jour. Ces programmes connaissait un vif succès et décidèrent les compagnies discographiques du Nord à se pencher sur cette musique.
C’est au milieu des années 20 que furent enregistrées les première chansons dont celle de Dick Justice « John Henry » que Harry smith a choisi pour ouvrir son anthologie.

Morceau 1 : HENRY LEE interprété par DICK JUSTICE 

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1929. A cette époque un mineur de fond du nom de Dick Justice a 23 ans. Pour se changer les idées, après le travail, il joue, pour ses amis, des chansons traditionnelles britanniques. C’est un excellent guitariste, très influencé par des artistes noirs, en particulier un bluesman du nom de Luke Jordan qui n’habite pas très loin de chez lui , en virginie occidentale, mais ségrégation oblige, ils ne se sont jamais rencontrés. Dick rêve de faire carrière à l’image de son collègue de travail et ami Frank Hutchison, qui bosse avec lui dans les mines du comté de Logan.. Le week end Franck se rend régulièrement à New York pour enregistrer des chansons blues pour le label Okeh records. Franck est plus qu’une inspiration pour Dick, c’est une référence ! Hutchison est, pour la presse, le premier musicien blanc à s’intéresser au blues,un style jusqu’alors réservé à un public exclusivement noir. Si l’affirmation est contestable , Al Bernard, un chanteur blanc, ayant enregistré dès 1918 le standard St louis Blues, il n’en demeure pas moins que Hutchison maîtrise l’art de la guitare blues comme aucun musicien blanc ne le fit avant lui. Il est connu pour jouer avec sa guitare posée à plat sur les genoux et changer de tonalité en faisant glisser un couteau le long des cordes. Huctchison dit un jour à Dick que c’est un voisin, un guitariste noir du nom de Bill Hunt, qui lui apprit cette technique. Dick et Franck jouent régulièrement ensemble dans les rues de Logan ou dans les rades de la ville. L’un vie cependant dans l’ombre de l’autre, jusqu’au jour où un producteur du nom de Jack Kapp travaillant pour le label Brunswick Records remarque Dick pendant que celui ci joue, comme presque tous les soirs, des chansons traditionnelles dans les rues de la ville. Outre son talent de guitariste le producteur est aussi intéressé par son répertoire de vieilles ballades irlandaises qui tourne depuis quelques années en boucle sur les radios locales. Brunswick records s’intéresse en effet depuis quelques temps à ce répertoire et à même ouvert une section entièrement consacré au genre, que dirige Jack Kapp. Il propose à Dick de venir enregistrer quelques titres dans son studio de Chicago. Une session est organisé à l’été 1929. Pour ces enregistrement le label lui suggère l’appui d’un violoniste professionnel, du nom de Reese Jarvis. Une dizaine de chansons sont enregistrées durant cette séance dont plusieurs compositions de Dick Justcie. l’intégralité de ce travail sera réédité sur la compilation Old Time Music of West Virginia. A l’écoute de ces enregistrements on se rend compte de la grande influence qu’avait le blues sur Justice. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter sa merveilleuse interprétation de Brown Skin Blues ou sa reprise note à note de la chanson cocaine blues composée par son idole Luke Jordan. Durant cette session il chante également des ballades traditionnelles britanniques dont Herny Lee

C’est seul à la guitare qu’il interprète ce morceau. Il la chante dans un registre aiguë assez différent de ses enregistrements blues. On peut supposer que Dick se souvint que le registre des Ballades était jusqu’au début du 20eme siècle essentiellement interprété par des femmes, d’où peut être une approche vocale plus aiguë, pour ce titre, que pour le reste de la séance. Pour remettre cette chanson au goût du jour il emprunte la mélodie de the storms are the ocean enregistrée deux ans auparavant par la famille Carter. Un problème subsiste cependant… La chanson est trop longue pour rentrer dans le format du 78 tours! Dick la réduit à 5 strophes en prenant bien soin de garder l’essence de l’oeuvre.
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Voici les paroles
“Get down, get down, little Henry Lee, and stay all night with me.
The very best lodging I can afford will be fare better’n thee.”
“I can’t get down, and I won’t get down, and stay all night with thee,
For the girl I have in that merry green land, I love far better’n thee.”

She leaned herself against a fence, just for a kiss or two;
With a little pen-knife held in her hand, she plugged him through and through.
“Come all you ladies in the town, a secret for me keep,
With a diamond ring held on my hand I never will forsake.”

“Some take him by his lily-white hand, some take him by his feet.
We’ll throw him in this deep, deep well, more than one hundred feet.
Lie there, lie there, loving Henry Lee, till the flesh drops from your bones.
The girl you have in that merry green land still waits for your return.”

“Fly down, fly down, you little bird, and alight on my right knee.
Your cage will be of purest gold, in deed of property.”
“I can’t fly down, or I won’t fly down, and alight on your right knee.
A girl would murder her own true love would kill a little bird like me.”

“If I had my bend and bow, my arrow and my string,
I’d pierce a dart so nigh your heart your warble would be in vain.”
“If you had your bend and bow, your arrow and your string,
I’d fly away to the merry green land and tell what I have seen.”

En changeant les paroles et la mélodie Dick justice propose donc une version nouvelle d’une chanson qui naquit deux siècles plus tôt sur les lointaines terres écossaises.
Henry Lee est, en effet, une variante d’une ballade qui se nomme Young Hunting. Ce morceau était originellement composé comme une chanson de …..30 couplets !

L’histoire est est fondamentalement simple et pourtant originale – une fille abandonnée se venge en tuant son ancien amant – En donnant ici le rôle de la victime à l’Homme la chanson affiche déjà une certaine personnalité. Sa puissance d’envoûtement est aussi dû au drame et au mystère qui entoure l’histoire à travers des allusions récurrentes à magie et au surnaturel – En effet dans cette chanson, outre le meurtre on retrouve un oiseau qui parle, une bougie flottante utilisée pour indiquer l’endroit d’un corps noyé et le corps de l’homme assassiné saignant en présence du meurtrier..Autant d’indices d’une société encore fortement ancrée dans les traditions populaires et les mythes originaux. L’oiseau qui observe la scène du meurtre est un personnage récurent dans les ballades.. On le retrouve dans de nombreuses chansons où des humains tentent d’acheter la faveur d’un animal avec un succès variable.Sa présence ici peut être une référence à la transfiguration de l’âme de la victime ou, plus probablement est il le symbole de l’innocence.

Voici une interprétation de la chanson Young Hunting
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cette chanson comme beaucoup d’autres va subir de nombreuses transformations lorsqu’elle sera importée aux Etats Unis. Si les premières versions sont retrouvées dans les Appalaches, l’œuvre a, par la suite, beaucoup voyagé et on en trouve des déclinaisons dans la plupart des régions à l’est du Mississippi jusqu’au texas. On a répertorié jusqu’à aujourd’hui 43 mélodies différentes de cette chanson..dont celle de Dick Justice !
Que sont ils devenus ? 


Dick Justice et son ami Frank Hutchison seront tous les deux victimes de la grande crise des années 30 qui conduira à la l’effondrement des ventes de disques folk et blues.
Dick retourna à la mine. Il continuera à faire de la musique jusqu’à sa mort en 1962 dans le comté de l’Etat Virginie Occidentale où il était né.
Frank Hutchison investira ses économies pour acheter une épicerie et mourra en 1945, à l’âge de 54 ans dans l’Etat de l’Ohio.
Luke jordan, qui a tellement influencé Dick et Franck ,connaitra, lui aussi une petite carrière discographique à la fin des années 20. La crise aura raison de ses ambitions et il continuera de faire de la musique de rue jusqu’à son décès en 1952 à Lynchburg. Il avait 60 ans.
Jack Kapp, producteur des sessions de Dick Justice en 1929, fondera, en 1934, la branche Américaine de Decca Records avec Edward Lewis  . Il emmènera de nombreux artistes avec lui, ce qui entrainera, dans les années 30, une guerre des prix restée célèbre entre les Decca et Brunswick Records . Decca survivra à ce bras de fer à tel point que, à l’aube de la guerre, en 1939, plus de la moitié des disques vendus aux Etats Unis étaient vendus sous l’étiquette Decca. Jack Kapp mourra en 1949, à seulement 47 ans!

Quand à la chanson elle continuera de circuler sous différentes formes et sous différents noms. Parfois on l’appellera Earl Richard, d’autres fois on la nommera The Proud Girl, ou Love Henry, d’autres fois encore elle retrouvera son nom d’origine Young Hunting .
Nick cave la reprendra pour son album Murder ballads, Bob Dylan la chantera en 1993 sur World Gone Wrong. Beaucoup de musiciens de la scène folk new yorkaise au début des années 60 vont également chanter cette chanson. Bonnie Dobson, par exemple,  une chanteuse à la voix particulièrement limpide, l’interprètera au café Folk city en 1962. Judy Henske connu sous le nom de Reine des Beatniks  proposera également une version particulièrement convaincante de cette ballade. Jolie Holland, une chanteuse contemporaine, qui revisite dans ses morceaux les racines de la musique américaine, a enregistré une très belle version de Love Henry pour son album The Living and The Dead sortie en 2008 . Les exemples sont innombrables pour montrer que cette chanson est encore au cœur de la folk Américaine plus de 200 ans après son écriture. Les jours se suivent, et seules les chansons survivent.

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