Accueil Anthology of American Folk Music Chapitre 2 de l’Anthologie de la Folk Américaine d’Harry Smith : Fatal Flower Garden par les Nelstone’s Hawaiians

Chapitre 2 de l’Anthologie de la Folk Américaine d’Harry Smith : Fatal Flower Garden par les Nelstone’s Hawaiians

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Premier set: ballades; Disque un; Track Two: « Fatal Flower Garden » interprété par les Hawaïens de Nelstone. « Duo vocal avec des guitares. » Enregistré à Atlanta le 30 novembre 1929. Edition originale Victor V-401938

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Voici l’histoire de ce qui est sans doute l’une des plus terribles chansons de tous les temps ! Le voyage que nous allons faire va nous transporter jusqu’au moyen âge et l’histoire que nous allons raconter est une des plus sombres de cette sombre époque.

La chanson de l’anthologie d’abord.

Elle est enregistrée à Atlanta le 30 novembre 1929 pour le compte du label Victor. Victor est la première maison de disques américaine, lancée fin décembre 1900 par Émile Berliner et Eldridge R. Johnson, les inventeurs du gramophone ! Très vite ils utiliseront un logo resté célèbre puisqu’il s’agit de l’œuvre du  peintre Francis Barraud représentant son chien Nipper écoutant un gramophone

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Le succès est tel qu’en 1929, avant la grande crise, Victor est une des firmes les plus importantes du marché américain. Pour survivre à la dépression économique elle se rapproche du label RCA qui gardera longtemps le logo de Victor comme vitrine. A partir de 1925 le label s’intéresse de très près à une nouvelle musique qui rencontre un grand succès aux Etats Unis :

La musique Haiwaienne.

Hawaii vient en effet d’être annexé par les Etats Unis ( 7 juillet 1898  ) et le pays découvre le style musical très particulier de l’Ile qui deviendra le  21 août 1959 un Etat à part entière. Les américains sont en particulier fasciné par la technique de la « steel guitar » hawaïenne.

Le site Snico élaboré par un passionné de la steel guitar nous plonge à la source de cette technique.
Comme souvent dans les musiques d’inspiration populaire, la naissance de cette technique reste entouré de légendes dont il est parfois difficile de distinguer le vrai du faux. Cependant la thèse de Joseph Kekuku en tant qu’instigateur de la steel guitar hawaïenne est la plus convaincante et étayée. Joseph Kekuku dit avoir pour la première fois utilisé la technique de slide en 1885, à l’âge de 11 ans. Si l’on en croit son histoire, celui-ci marchait le long d’une voie de chemin de fer, tout en grattant sa guitare, quand il ramassa un rivet, le faisant glisser sur les cordes de sa guitare pour produire le coulé caractéristique de la steel-guitar. C’est alors que commence son apprentissage du slide en substituant le rivet par un couteau de poche, puis, plus tard, par la lame d’un rasoir. Peu après il Conçoit une barre d’acier qu’il fabrique lui-même dans l’atelier de son école  pour remplacer le peigne et le couteau, avant de surélever les cordes de sa guitare pour permettre à la barre d’acier d’y glisser sans toucher les frettes. Il change aussi les cordes en boyau de sa guitare pour d’autres en métal afin de faire durer les notes plus longtemps.  Il quitte ensuite la « Kamehameha School » pour devenir musicien puis part sur le continent américain en 1904. Il participe grandement à la découverte, par les Américains, de cette musique au même titre que « Bird of Paradise », premier spectacle hawaïen de Broadway qui débute son ascension au théâtre Daly à New York. L’éclatante scène hawaïenne, ses costumes éblouissants et la musique qui respire le soleil en font un succès instantané. La troupe tourne aux Etats-Unis et au Canada, où chaque date fait salle comble.  Au début des années 20 ils joueront même en Europe avec à la Steel Guitar J. Kekuku qui accompagne le succès croissant de la troupe pendant huit ans . La popularité de ce spectacle est telle qu’Hollywood en fera le film « The Bird of Paradise » en 1932, puis à nouveau en 1951.Les années 1920 voient aussi l’apparition des publications de méthodes de steel-guitar, et les firmes construisant des guitares dédiées au slide se multiplient. Très vite la steel guitar intègre le patrimoine musical folk et des groupes intégrant la steel guitar dans un univers folk sont signés par les labels à l’affût de ce nouveau marché.
Malgré leur nom, les Nelstone’s Hawaiians ne sont pas des Hawaïens. Il s’agit d’un duo, Hubert Nelson (à la steel guitar) et James Touchstone (au chant) qui viennent du sud de l’Alabama. Ils sont repéré par le label Victor pour qui ils enregistrent une dizaine de chansons entre 1928 et 1929. ils sont parmi les premiers à intégré la steel guitar hawaiienne dans un univers folk et sont également considérés comme un des groupes fondateurs de la country music dont ils enregistrent les premiers standards. Citons en particulier la chanson « Just Because » qui sera plus tard interprété par Elvis Presley lors de ses sessions pour sun records à Memphis. Comme pour beaucoup d’autres artistes la dépression des années 30 mettra un terme à leur carrière discographique.
Il n’existe pratiquement pas de photo d’eux.
La seule que je peux qualifier de probablement vraie est celle cie

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Fatal Flower Garden » est une variante de la Child Ballad 155, « Sir Hugh,or the Jew’s Daughter ». Il s’agit en fait d’une des plus vieille chanson antisémite connue. La source historique la plus probable de cette ballade est le crime en 1255 du jeune Hugh agée de 9 ans à Lincoln (Angleterre). II aurait été enlevé et assassiné par des juifs ce qui a entraîné l’arrestation de 90 juifs dont 18 seront finalement pendus. Ce fait divers a particulièrement marqué les esprits car s’était le premier crime rituel auquel le roi d’Angleterre a porté foi au point d’intervenir personnellement dans le dossier. Il faut dire les temps étaient, à cette époque, particulièrement difficiles pour les juifs d’Europe. La communauté juive vivait relativement paisiblement en Europe (hormis dans l’Espagne wisigothe) jusqu’à la première croisade en 1096. On assiste alors aux premiers pogroms à Rouen, à Metz et surtout en Allemagne (Cologne, Mayence, Worms, Trèves).  Le concile de Latran IV, en 1215, représente le second tournant dans la mise en place d’une politique antijuive : le canon 67 interdit l’usure et limite le prêt à intérêt, domaine dans lesquels les juifs opéraient ; le canon 68 leur impose des vêtements distinctifs ; le canon 69 les exclut des charges publiques ; le canon 70 exige que les juifs convertis renoncent définitivement à leurs anciens rites. En parallèles la communauté juive est accusé d’empoisonner les puits ; lors de la peste noire de 1348-1350, on pense qu’ils ont volontairement propagé l’épidémie.

Le récit chrétien antijudaïque utilise, dans les accusations qu’il porte, un certain nombre de thèmes récurrents et fantasmatiques. Les juifs sont incriminés de s’attaquer aux hosties consacrées ou de crimes rituels. Le premier exemple connu est le crime perpétré en 1144 à l’encontre de Guillaume de Norwich, jeune tanneur de 12 ans, martyrisé dans les mêmes conditions que le Christ pendant la Semaine sainte. On retrouve de telles accusations de meurtres rituels à Gloucester en 1168, à Blois en 1171, à Pontoise en 1279 et à Narbonne en 1236. En 1247, à Valréas, dans le Comtat, on rend les juifs responsables du meurtre d’une petite fille de 2 ans. Pour expliquer ces crimes ont invente des mobiles plus fallacieux les uns que les autres. On explique par exemple qu’à l’origine, les plus sages des Hébreux pensaient que le sang d’un enfant chrétien permettait le salut des âmes des juifs, à condition qu’il meure en croix à la manière du Christ, qu’il soit de sexe masculin et n’ait pas plus de 7 ans. On dit également que dans la tradition juive le sang des chrétiens leur sert à confectionner le pain azyme, à cicatriser les blessures ou . à préserver les femmes d’accouchements prématurés
Dans ce contexte on ne s’étonnera pas de voir fleurir des ballades antisémites partout en Europe et même au-delà ! Child en trouvera même datant du 5eme siècle et en provenance de Syrie ! Toutes ces chansons ont souvent été mélangés par les différents interprètes. On trouve par exemple dans certaines versions de Sir Hugh (dont Fatal Flower Garden est un dérivé) des éléments faisant allusions à des ballades antisémite Françaises ou Écossaises . A fil du temps les versions sont simplifiées et perdent parfois même toute trace d’antisémitisme. Dans certaines interprétations les juifs sont remplacés par des Roms . La meurtrière est dans ce cas une « Gypsy lady » .

Une autre version célèbre de cette chanson se nommant The Jew’s Garden incorpore des éléments d’un meurtre d’enfant tout à fait différent que celui de Sir Hugh. Les circonstances de ce fait divers sont par ailleurs décrites dans une autre child ballad qui se nomme « Lamkin ».
Lorsque la ballade s’est installé aux Etats Unis elle a assez rapidement perdu ses références antisémites au point qu’il est peu probable que Hubert Nelson et James Touchstone les aient connues au moment d’enregistrer la chanson. Pour s’en convaincre il suffit de se pencher sur les paroles où jamais il n’est fait allusion à la religion juive.
Il a plu, il a plu, il a plu si fort,
il a plu si fort toute la journée,
que tous les garçons de notre école
sont Sortis pour jouer.

Ils lançaient leur balle si haut,
si haut et puis si bas ,
qu’elle tomba dans le jardin de fleurs
où nulle ne devait aller

Vint alors cette dame gitane,
habillée de jaune et de vert;
« Entrez, entrez, mon joli petit garçon,
venez récupérer votre ballon , »

« Je n’entrerai pas,
Sans tous mes camarades de jeu;
je vais aller chercher mon père
dit t’il en faisant couler des larmes. »

Elle lui montra d’abord un pépin de pomme
Puis une bague en or;
Puis elle lui montra un diamant,
qui irrémédiablement l ‘attira .

Elle le prit par sa main blanche de lys,
elle le conduisit à travers le hall,
Elle le mit dans une chambre,
là, où personne ne pouvait l’entendre appeler.

«Oh, enlevez ces bagues de mes doigts,
enlevez les avec votre souffle;
si l’un de mes amis veut venir jouer avec moi,
dites-lui que je me repose.

«Enterrez moi la bible à ma tête,
et le Testament à mes pieds;
si ma chère mère m’appelle,
dites -lui que je dors.

«Enterrez moi la bible à ma tête,
et le Testament à mes pieds;
si ma chère mère m’appelle,
dites -lui que je suis mort.

En lisant le texte de cette chanson on retrouve le penchant de smith pour placer côte à côte des chansons avec des images et des thèmes récurrents.
Ainsi l’expression main blanche de lys apparaît également dans la chanson Henry Lee tout comme la couleur verte. Dans les deux chansons le meurtrier est une femme (chose rare dans les ballades).
Malgré son thème qui sent le souffre cette ballade est toujours resté populaire.
La liste des interprètes est longue pour continuer à faire vivre la mémoire d’une des ballades les plus sombre de l’histoire de la musique!

Source

http://theanthologyofamericanfolkmusic.blogspot.com/2009/10/fatal-flower-garden-nelstones-hawaiians.html

https://singout.org/fatal-flower-garden/

http://snico2.free.fr/?page=i3a

https://www.nationalgeographic.fr/histoire/les-juifs-au-moyen-age-lescalade-de-la-persecution

https://mainlynorfolk.info/lloyd/songs/sirhugh.html

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