Accueil Anthology of American Folk Music Chapitre 3 de l’Anthologie de la Folk Américaine d’Harry Smith : HOUSE CARPENTER interprété par Clarence Ashley

Chapitre 3 de l’Anthologie de la Folk Américaine d’Harry Smith : HOUSE CARPENTER interprété par Clarence Ashley

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Aujourd’hui je vais vous parler de ce qui est sans doute une des chansons les plus célèbres de la culture Américaine mais aussi Européenne : House Carpenter
HOUSE CARPENTER interprété par Clarence Ashley 

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Set One: Ballads; Disc One; Track Three: « The House Carpenter » performed by Clarence Ashley. « Vocal solo with 5-string banjo. » Recorded in Atlanta on April 14, 1930. Original issue Columbia 15654D (W194982).

House carpenter est une ballade qui, une fois n’est pas coutume, a un auteur formellement identifié en la personne de Laurence Price qui l’a édité en 1657 sous le nom mystérieux de A Warning for Married Women Being an Example of Mrs Jane Reynolds

Laurence Price vécu au milieu du 17eme siècle à Londres. Son œuvre d’écrivain public comportait, outre l’écriture de ballades, des pamphlets très populaires qui en firent un écrivain jouissant d’une grande notoriété.  En 1656, Price fut nommé l’un des «trois glorieux», aux côtés de Humphrey Crouch et Samuel Smithson. Ce titre désignait les auteurs les plus aimés de leur temps. Son succès était très certainement dû au fait que son style épuré était accessible à l’ensemble des classes sociales, à tel point que nombre de ses œuvres furent réimprimés pendant plusieurs siècles. On peut citer A Warning for All Lewd Livers (1633 ) ou Flora’s Farewell (1656), par exemple.

Son travail, au fil du temps, évolua de la chanson de débauche à l’exhortation morale. Au fur et à mesure de sa vie Price se rapprocha en effet beaucoup de l’église protestante dont il déplorait déjà amèrement le déclin. À la fin de son existence il n’écrivait presque plus que des sermons religieux tels que The Ready Way to Salvation (1665).

Cet aspect religieux et moral est fondamental pour comprendre la ballade qui nous intéresse aujourd’hui.

Price l’ avait préfacé ainsi

Cette ballade est un avertissement pour les femmes mariés à travers l’exemple de Madame Jane Renalds, une femme de l’Ouest du pays, née à plymouth et qui s’est promise à un homme de mer du nom de James Harris. Elle s’est ensuite marié avec un charpentier avant d’être emporté par un esprit, dans les circonstances décrites dans le récit »
La version originale contenait 32 couplets. Elle racontait l’histoire  tragique de de Jane Renalds et de son premier véritable amour, James Harris.  Les deux amants se sont jurés fidélité mais le jour de leur mariage, James Harris fut appelé en mer. Jane, qui lui était resté fidèle, n’aura plus de nouvelles de James pendant trois longues années. Elle épousera au bout de 4 ans un charpentier du village dont elle aura trois enfants.
Sept ans après sa disparation, un esprit, portant le masque de James Harris, revint la chercher ! Il profita de l’absence de son mari pour frapper à la porte de la maison de Jane en lui demandant d’abandonner ses enfants et le charpentier pour l’accompagner dans une vie d’aventures à travers les mers et les océans. Jane succombe à la tentation et lorsque le mari revient il trouve la maison vide. Fou de chagrin il se pend laissant derrière lui trois orphelins »

Lorsque, deux siècles plus tard, Chid collecta différentes versions de cette ballade il constata combien l’imagination populaire l’avait profondément enrichie et modifiée.

Le nom de la ballade, tout d’abord, avait été changé. En Angleterre et en Ecosse la ballade se nommait THE DEMON LOVER, aux Etats Unis on l’appela « HOUSE CARPENTER » . Il existait un nombre incroyable de versions différentes mais la plupart des déclinaisons avaient complètement omis de raconter le sort du charpentier pour se concentrer sur le destin de Jane et James.

Toutes les versions modernes s’accordent sur le fait que Jane périra dans son voyage lorsque le bateau chavirera non loin de deux îles. L’une de ces îles était verte et ensoleillé. C’est elle que Jane espérait atteindre …mais au moment où le bateau fit naufrage James Harris lui dit que jamais ils n’iront dans cette île paradisiaque. Leurs âmes damnées seront, au contraire, conduite sur la seconde île dont la terre était noire comme le charbon, et le ciel sans cesse tourmenté. Voici donc le destin de la femme qui abandonne sa famille !

Si l’histoire racontée est la même dans toutes les versions, les déclinaisons Anglaises et Écossaises ont une dimension beaucoup plus surnaturelle. Dans la chanson Demon Lover on indique très clairement que James Harris est un esprit du mal (on fait allusion à ses pieds fourchus, à son bateau fantôme sur lequel embarque Jane par une nuit sans lumière ..). C’est également le démon qui à l’approche des deux îles fracasse le bateau en deux pour provoquer la mort de Jane.
Dans les versions américaines, nommées House Carpenter, l’aspect surnaturel est presque systématiquement gommé. Bob Dylan, pour qui la chanson aura une grande importance comme nous le verrons plus tard, fera néanmoins allusion, lors d’un rapide discours d’introduction, à cet aspect surnaturel lorsqu’il enregistrera cette ballade pour son premier album.

Un autre point qui diffère selon les chanteurs c’est le nombre d’années d’absence de James Harris. Dans certaine versions on reste fidèle à l’histoire originale (7 ans) mais dans beaucoup de versions américaines le temps est raccourcie. On parle parfois d’un an seulement et d’un seul enfant, laissant ainsi supposé que l’enfant pourrait être de James Harris et non du charpentier. C’est un choix très important selon le point de vue que le chanteur veut donner de Jane. Dans Demon Lover Jane est souvent présenté comme une victime des charmes du démon et le temps d’absence de James est souvent long. On éprouve ainsi une certaine forme de compréhension pour la femme infidèle qui est elle même victime du mal et des évènements. Dans les versions Américaines, par contre, Jane est souvent présenté comme une femme volage qui n’a pas attendu longtemps le retour de son amoureux avant de le trahir. Et lorsque jane trahira une seconde fois sa famille elle le paiera du prix de sa vie.

L’aspect moralisateur de cette ballade est donc évident, tout comme son aspect religieux dont il est indissociable.

Comme nous l’avons vu le voyageur symbolise dans cette chanson le Diable. Les promesse qu’il fait des richesses à la femme renvoie directement au Diable tentant le Christ: « Le diable le transporta encore sur une montagne très élevée, lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire, et lui dit : Je te donnerai toutes ces choses, si tu te prosternes et m’adores. » (Mathieu 1, 8-9).
La profession de charpentier du mari n’est bien entendu pas un hasard non plus. La référence à la bible saute au visage si j’ose dire !

Mais alors comment expliquer qu’une chanson aussi religieuse reste populaire dans une société qui l’est de moins en moins ?

Ken Bigger un amoureux des chansons anciennes, dont je vous conseille le site (sing out) s’est posé la question. Sa réponse me semble particulièrement convaincante. Cette chanson pose une question qui restera toujours d’actualité. « Que faites vous lorsque le passé revient frapper à votre porte ?
[i]« Que faites vous lorsque un ancien amour revient vers vous ? Resterez vous fidèle à la vie que vous vous êtes construit depuis son départ ou alors voudrez vous tout recommencer ? Partir à l’aventure ? Les fantômes du passé peuvent, un soir, frapper à la porte de tout un chacun, lui ouvrirez vous ? »[/i]

Cette histoire dépasse et de beaucoup son aspect moral et religieux. La source dans laquelle la ballade puise sa force est universelle.
Il y a un artiste pour qui cette ballade a eu une importance absolument capitale. Bob Dylan.
Il l’enregistra pour son premier album (même si la version ne sera finalement pas retenue) mais son obsession pour le thème du passé qui revient vous chercher va être une constante de son œuvre au point que 14 ans après avoir enregistré pour la première fois house Carpenter Dylan va complètement la réécrire et la nommée ..«Tangled Up in Blue ! C’est en tout cas la version défendu par de nombreux analystes de l’œuvre Dylanienne.
En 1999 un livre entier sortira même sur le sujet, écrit par[b] Clinton Heylin : Dylan’s Daemon Lover: The Tangled Tale of a 450-Year Old Pop Ballad Paperback.[/b]
Ken Bigger défend exactement la même position.
Ils appuient leur point de vue en reprenant la proposition de classification des chanteurs folk de Eleanor R. Long-Wilgus
Cette femme née en 1923 a obtenu son doctorat en littérature et folklore Anglais en 1968. Elle donnera de nombreuses conférences sur l’histoire de la musique folklorique et consacrera une partie de son travail à l’établissement d’une classification des chanteurs folk
Pour elle il existe 4 types de chanteurs folk
1) les persévérants: ils mémorisent toutes les chansons par coeur et les répètent fidèlement
2) les co-fabulateurs: qui enrichissent un récit afin de le rendre plus divertissant
3) les rationalistes[: qui adaptent intentionnellement une chanson dans le but de la faire coller à leur propre vision morale ou politique
4) les intégrateurs : Ils réinventent complètement la chanson pour l’intégrer à leur époque.

Si Dylan a commencé sa carrière comme un persévérant il l’a, à partir de 1963, continué comme un « intégrateur ». Toute son œuvre est basée sur la recréation totale de vieille chansons ! Ainsi la chanson « the man in the long black coat «  est très probablement la réécriture de « the house carpenter «  mais du point de vue du charpentier abandonné qui découvre la maison vide à son retour.

Les grillons chantent , les eaux sont en crue,
Une douce robe en coton sèche sur la corde,
La fenêtre est grande ouverte, les arbres africains
S’inclinent vers l’arrière depuis que la tornade est passée.
Pas un adieu, ni même un mot,
Elle est partie avec l’homme
Au grand manteau noir

il avait comme un masque sur le visage.
Quelqu’un disait qu’il citait la Bible
Il y avait de la poussière sur l’homme
Au long manteau noir.
..
Certains disent qu’il n’y a pas d’erreurs dans la vie
C’est vrai, parfois on peut voir les choses ainsi.
Mais les gens ne vivent pas, ne meurent pas : ils ne font que flotter.
Elle est partie avec l’homme
Au long manteau noir. 
Que de chemin parcouru entre la version de 1961 et celle de 1989! La même histoire pourtant, oui, mais raconté d’un autre point de vue.
C’est en 1975 avec Tangled up in blue que Dylan fera la reconstruction la plus complète de la chanson. Il créera sa version dans un monde très différent de celui du 17eme siècle. Un monde où la liberté sociale est plus grande, où les liens entre les familles sont moins soudés. Un monde avec moins de conventions sociales et moins d’obligations mais le lien qui lie les personnages est le même.
Un amour ancien vient sans cesse hanté Dylan dans toutes les étapes de sa vie (où alors est ce l’inverse ? Dylan est t’il le James Harris de l’histoire ? ) .
Dans la conclusion de son récit il fera même une allusion directe à la ballade

Voilà, je repars à nouveau,
Il faut que je la voie d’une façon ou d’une autre.
Tous les gens que je connaissais
Ne sont plus que des illusions pour moi désormais.
Certains sont mathématiciens
D’autres sont femmes de charpentiers.
Je ne sais pas comment tout ça a commencé
Je ne sais pas ce qu’ils ont fait de leurs vies.
Mais moi, je suis toujours sur la route
En direction d’un autre port
On a ressenti la même histoire
on l’a simplement vu d’un point de vue différent,
Empêtrés dans le gris. 

D’autres artistes ont eux aussi recrée cette chanson pour l’adapter à leur époque. Une des versions les plus réussie étant certainement celle de Michael (Peter) Smith , auteur-compositeur-interprète basé à Chicago
Voici la chanson
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Les paroles sont là encore complètement changées pour être adaptées à l’époque.

Je connaissais une fille qui venait de Little Falls
Son nom était Agnes Hines
Elle est tombée amoureuse d’un garçon nommé Jimmy Harris
Mais il avait une courte ligne de vie

Un an après que Jimmy a été tué dans un accident de voiture
Elle a épousé un homme de Cornell
Ils avaient trois petits enfants et une grande maison
dans le haut de Montclair

Le vent me dit
que les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être
Attention

Un jour , son mari est au travail et les enfants sont à l’ école
et celui qui frappe à sa porte
ressemble à Jimmy Harris
Il dit qu’il vient de rentrer de Paris
Il a l’air si vivant !
« Ooh, Jimmy » elle a  t’elle dit en pleurant ,
je croyais quevosu étiez mort
Il a ri et il a dit « moi aussi cherie »
Et si ce n’était pas pour toi mon amour,
je ne serais pas revenu

Le vent me dit
que les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être
Attention

Les voisins disent qu’en se retirant dans sa Chevrolet
Son visage a commencé à changer
Et au milieu de ce matin lumineux de banlieue
Ils ont disparu en flammes

Peut-être connaissez vous un amoureux des démons
Il pourrait être votre mari ou votre femme
Méfiez-vous des gens qui appartiennent à votre passé
Ne les laissez pas revenir dans votre vie
.

Il s’agit là d’une réinvention particulièrement remarquable puisque si La chanson de Smith est fidèle à l’histoire, présentant même l’amant sous le nom de «Jimmy Harris», il n’y a aucun lien musical avec la ballade originale. Si vous ne connaissez pas la chanson originale vous n’aurez aucune raison de suspecter que cette œuvre est une chanson ancienne. C’est en grande partie grâce aux versions « des intégrateurs » que ces anciennes œuvres traversent si bien toutes les générations . Les auteurs compositeurs les réinventent sans cesse pour qu’elles continuent de résonner avec l’époque

Si les artistes qui ont participé à la notoriété de House carpenter sont donc innombrables c’est bel et bien la version interprété par Clarence Ashley en 1928 ou 1930 (selon les sources) et reprise dans l’antholgie folk de Harry smith qui donnera une nouveau souffle à l’oeuvre.

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Clarence Ashley est né en 1895 dans une famille de musicien, son Grand père lui a offert son premier banjo lorsqu’il avait 5 ans. Sa mère lui a appris très jeune le répertoire des appalaches , une éducation bientôt complétée par les musiciens itinérants logés dans la pension de la famille. Dès 1911 il rejoint un spectacle de médecine où il intervient en tant que musicien. Il s’agissait de spectacles itinérants (voyageant en camion, en train, à cheval ou en chariot) avec comme objectif de colporter des médicaments estampillés « remède miracle » . Ils se sont développés à partir de spectacles européens de charlatans et étaient courants aux États-Unis jusqu’à la grande dépression des années 30, en particulier au moment de la Conquête de l’Ouest. Ils promouvaient généralement les « élixirs miracles « , qui, prétendait-on, avaient la capacité de guérir les maladies les plus courantes. La plupart des médicine shows avaient leur propre médicament « breveté » (ces médicaments étaient, en réalité, pour la plupart, non brevetés mais en ont pris le nom pour paraître « officiel ») . Les divertissements permettaient d’attirer un large public, en particulier rural et comprenaient souvent un freak show, un cirque de puces savantes, des pièces musicales, des tours de magie, des histoires drôles ou des contes,

Pour comprendre le succès de ces médecines shows il faut savoir qu’ils apportaient du divertissement aux communautés rurales qui ne voyaient parfois pas d’autres types de spectacles pendant des années . Au niveau musical une des attractions les plus célèbre était celles de blackface que Clarence Aschley a pratiqué pendant plusieurs années et qui défrayent aujourd’hui la chronique.
Si cette pratique existe en Europe depuis le début du 17eme siècle , Aux Etats unis, c’est Lewis Hallam Jr , un acteur blanc grimé en Noir, qui apporta le blackface dans la culture théâtrale en jouant le rôle de « Mungo », un Noir ivre, dans The Padlock, pièce britannique dont la première se déroula à New York le 29 mai 1769. À la suite du succès remarqué de la pièce, d’autres comédiens adoptèrent ce style.C’est cependant un autre acteur blanc, Thomas D. Rice, qui popularisa réellement le blackface à travers la chanson Jump Jim Crow en 1828. Le succès fût tel qu’il l’érigea au rang de vedette. En 1832, Rice parcourut les États-Unis, sous le nom de scène de « Daddy Jim Crow ». Le nom Jim Crow sera d’ailleurs étroitement rattaché à la ségrégation raciale et donnera son nom aux lois Jim Crow qui ont codifié la ré institutionnalisation de la ségrégation raciale après la guerre de sécession .

A partir du milieu du 19eme siècle c’est essentiellement à travers la musique que va se populariser la Blackface et en particulier grâces aux minstrel show  . Il s’agissait de spectacles créé vers la fin des années 1820, où figuraient chants, danses, musique, intermèdes comiques, interprétés essentiellement par des acteurs blancs qui se noircissaient le visage. Si des acteurs noirs on rejoint les troupes après la guerre de sécession, les Noirs de ces spectacles apparaissaient généralement comme ignorants, stupides, superstitieux, mais joyeux et doués pour la danse et la musique.

Il y avait donc une dimension raciste absolument incontestable dans la pratique du blackface. Néanmoins il serait faux de la résumer à cela .

des études plus récentes complexifient l’analyse du blackface et en montrent l’ambivalence (Toll, 1977 ; Bean et al., 1996 ; Lhamon, 2008). Sans passer sous silence les implications racistes du blackface, Robert Toll, Nick Tosches, William Lhamon et d’autres ont mis au jour que derrière les stéréotypes avilissants, des processus d’identification à certains traits de l’identité noire et d’appropriation de la culture noire se jouaient également en coulisse. L’identité blanche ayant été définie aux États-Unis selon une conception de classe, les Blancs les plus pauvres, ceux qui brouillaient la configuration raciale du pays par leur simple condition sociale, ceux que l’on appelle les Hillbillies, ne pouvaient se retrouver dans la blanchité hégémonique. Ni Blancs ni Noirs, ils ont fait le choix de se façonner une identité hybride en empruntant des signes « noirs ». Le blackface brouille donc les frontières raciales, les questions de race et de classe étant indissociables aux États-Unis. William-T. Jr Lhamon, dans son livre « Peaux blanches et masques noirs » publié en 2008, parle d’une « population flottante » constituée des individus infériorisés de la société américaine. Parmi cette « population flottante », on trouve ceux qu’on appelle péjorativement les white trash (littéralement « raclure blanche »). Ce terme d’argot insultant, apparu au début du xixe siècle, désigne la population blanche défavorisée du Sud que les conditions matérielles d’existence et la « dépravation morale » rendrait moins fréquentable encore (aux yeux de la société blanche bourgeoise) que les Noirs. Aux États-Unis, ces Blancs misérables représentent une anomalie à la fois sociale et raciale. Nous pourrions dire, suivant la célèbre formule de Joan Scott à propos du genre, que la race est aux États-Unis une façon première de signifier des rapports de pouvoir. Ainsi que le note Sylvie Laurent dans Poor White Trash : La pauvreté odieuse du Blanc américain, « la locution poor white trash ne désigne pas tant un statut social qu’une catégorie morale. C’est l’étiage symbolique auquel on ne veut pas déchoir, la personnification honteuse des échecs impensables d’une population “ racialement ” destinée à prospérer ». Ne pouvant se reconnaître dans la blanchité hégémonique, les jeunes white trash se sont tournés vers certains traits distinctifs de la blackness pour se façonner une identité qui leur soit propre. Cela ne signifiait pas pour autant une identification aux Noirs, qui continuaient d’être brocardés dans les spectacles blackface et dans la vie de tous les jours. Il s’agissait plutôt de se construire une identité hybride, au croisement de la classe et de la race. Ni tout à fait blanche ni noire,
C’est dans cette optique qu’il faut inscrire les spectacles de musiciens comme Clarence Ashley au début du 20eme siècle.

Si Clarence Ashley jouera dans le cadre des spectacles de médecines jusqu’au début des années 40 il commencera dès 1928 une carrière discographique avec un groupe du nom des Blue Ridge Mountain Entertainers. Ils enregistrèrent plusieurs chansons pour le label Gennett Records qui prospérait dans les années 20 grâce à des artistes comme Louis Armstrong Blind Lemon Jefferson , Charley Patton et Gene Autry .
Le succès de ses disques lui permit d’enregistrer avec un autre groupe, The Carolina Tar Heels, pour le producteur Ralph Peer qui était à cette époque là un pionnier de l’enregistrement nomade. Dès 1923 il parcourut le pays pour enregistrer des musiques régionales à l’aide d’un matériel de fortune .  Au début des années 1930, Ashley enregistra une série de duos avec le joueur d’harmonica Gwen Foster . Durant cette époque il complétait ses revenus avec, outre les medecines shows, des concerts dans les usines de charbons de la région. Toutes ses activités ont permis à Clarence Aschley de vivre de sa musiqu. Il ess d’ailleurs le premier musicien de l’anthologie dans ce cas.
Malheureusement Les effets de la Grande Dépression ont rendu l’argent rare au début des années 1930. Non seulement Ashley n’était plus recrutée pour faire des disques, mais il était pratiquement impossible de gagner de l’argent en jouant dans les usines ou les fêtes privés.

A cours d’argent il créé, en 1937, une entreprise de camionnage à Mountain City qui transporte des meubles et des récoltes dans diverses villes de la région. Il faudra attendre le renouveau folk du début des années 60 pour qu’une nouvelle génération de musiciens et d’auditeurs s’ intéressent à ce musicien et cela en grande partie grâce à la parution de l’Anthologie d’Harry Smith. A partir de 1962 Aschley a réenregistré des albums et est remonté sur scène dans le cadre de divers festival dont le fameux  Newport Folk Festival en 1963. il meurt à l’âge de 71 ans en 1967.

 

Sources

https://lib54.wordpress.com/2014/02/01/house-carpenter-une-belle-chanson-traditionnelle/

https://singout.org/the-demon-lover-the-house-carpenter/

http://theanthologyofamericanfolkmusic.blogspot.com/2009/11/house-carpenter-clarence-ashley.html

https://mainlynorfolk.info/lloyd/songs/thedemonlover.html

https://www.jstor.org/stable/4522306?seq=1

https://oldtimeparty.wordpress.com/2013/06/21/house-carpenter/

https://en.wikipedia.org/wiki/Laurence_Price

https://journals.openedition.org/transatlantica/6553?lang=en

http://www.fresnostate.edu/folklore/Olson/LPRICE.HTM#JHARRIS

https://fr.wikipedia.org/wiki/Medicine_show

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