Accueil Anthology of American Folk Music Chapitre 7 de l’Anthologie de la Folk Américaine d’Harry Smith : The Wagoner’s Lad (Loving Nancy) interprété par Buell Kazee

Chapitre 7 de l’Anthologie de la Folk Américaine d’Harry Smith : The Wagoner’s Lad (Loving Nancy) interprété par Buell Kazee

0
0
74

71czzO5tQuL._SS500_ (2)

Set One: Ballads; Disc One; Track Seven: « The Wagoner’s Lad (Loving Nancy) » performed by Buell Kazee. « Vocal solo with 5-string banjo. » Recorded in New York on January 18, 1928. Original issue Brunswick 213B (064). 

Image de prévisualisation YouTube

Paroles de la chanson 

The heart is the fortune of all womankind.
They’re always controlled, they’re always confined.
Controlled by their parents until they are wives,
Then slaves to their husbands the rest of their lives.

I’ve been a poor girl, my fortune is sad.
I’ve always been courted by the wagoner’s lad.
He courted me daily, by night and by day,
And now he is loaded and going away.

« Your parents don’t like me because I am poor.
They say I’m not worthy of entering your door.
I work for my living, my money’s my own,
And if they don’t like me they can leave me alone. »

« Your horses are hungry, go feed them some hay.
Come sit down here by me as long as you may. »
« My horses ain’t hungry, they won’t eat your hay.
So fare you well darling, I’ll be on the way. »

« Your wagon needs greasing, your whip is to mend.
Come here down beside me as long as you can. »
« My wagon is greasy, my whip’s in my hand.
So fare you well darling, no longer to stand. »

Enregistrée deux jours seulement après The Butcher’s Boy (The Railroad Boy) » , par Buell Kazee, the wagoners’ lad (loving nancy) sort en face B du même disque en 1928. Selon les notes de smith cette chanson n’est pas une ballade typique, puisqu’elle ne trouverait pas ses sources dans la culture Européenne , ce qui, nous le verrons est discutable. Quoi qu’il en soit The Wagoner’s Lad est très certainement une des chanson les plus importantes du répertoire Américain. Elle raconte l’histoire d’une jeune fille amoureuse d’un travailleur des chemins de fer. Les deux amants ont été séparé par les parents de la fille qui refusèrent de voir leur enfant se marier avec un jeune homme pauvre. La chanson décrit les derniers moments partagées par les deux amoureux avant l’inévitable séparation. The Wagoner’s Lad a été découverte par un collecteur du nom de  Olive Dame Campbel en 1908, dans les Appalaches, et retranscrit dans de nombreux recueils par la suite.
Les origines de cette chanson restent encore très disputées. Un folkloriste du nom de Bruce Olson découvra, il y a quelques années seulement, un poème britannique datant du XVIIIe siècle écrit par un poète du nom de Henry Carey qui commence exactement comme la chanson.
voici l’extrait
Dur est la destin de toutes les femmes,
à jamais soumise, à jamais confiné,
le parent nous contrôle jusqu’à ce que nous devenons des épouses,
et le mari nous asservit le reste de nos vies.
Cette partie est exactement identique aux paroles de la chanson.
Le reste du poème raconte une histoire très proche de celle de wagoner’s lad :

Si nous aimons avec tendresse, nous n’osons pas le révéler,
nous nous languissons secrètement, obligés de nous cacher,
nous refusant toute liberté et tout plaisir,
On nous fait honte si nous sommes gentils, on nous blâme si nous sommes timides.

Malgré notre malheur nous devons être heureuse,
pour l’homme qui a été choisi par nos parents,
Même si nous l’aimons peu
qu’importe qu’il soit laid ou beau.

Ce poème a été imprimé, sans musique en 1737 dans le recueil «The Vocal Miscellany». L’année suivante un autre ouvrage, The Universal Musician, le reprend en indiquant cette fois ci que ce poème a été chanté au Théâtre Royal par une actrice du nom de Miss Raftor. La mélodie, dont nous avons perdu toute trace, a été, quand à elle, composée par un certain M. Gouge …dont nous ne savons absolument rien !
Une autre origine a été défendu par Alan Lomax qui a rapproché cette chanson d’une autre ballade du nom de « On Top of Old Smoky». Cette chanson folkloriste également écrite dans les Appalaches, sans doute à la fin du 19eme siècle , a été collecté par Cecil Sharp lui même lors d’un de ses voyages dans les montagnes Américaines durant la première guerre mondiale. Elle est devenue une des pierres angulaire de la country américaine. Des artistes aussi célèbre que Bruce Springsteen, bing crosby ou même Abba l’ont intégré à un moment ou un autre dans leur répertoire.
Voici une version de Dave Van Rock, dont j’apprécie tout particulièrement la sobriété

https://www.youtube.com/watch?v=qm4r4fm8up0

Si la théorie de Lomax reste populaire elle est néanmoins de plus en plus contestée. En effet les chansons n’ont pas le même thème. Dans the wagoner’s lad la fille est victime du choix de ses parents. Alors que The top on old Smoky raconte l’histoire d’une fille abandonnée par un homme et celle cie conseille aux autres femmes de ne jamais se laisser ensorceler par le charme des hommes volages. La mélodie est, elle aussi, très différente. Enfin, on ne retrouve aucun vers en commun d’une chanson à l’autre.
Si les origines restent donc encore partiellement mystérieuse, l’influence qu’à eu the wagonner’s lad sur la culture populaire américaine est quoi qu’il en soit, immense. De nombreuses chansons sont, en effet, des déclinaisons de cette ballade.
Citons, par exemple la chanson I m’ a ramblar , I’m A gambler qui raconte le destin de l’homme qui est partie sur les routes vivre une vie de Hobo pour oublier son amour de jeunesse. Dans la chanson il dira
Je n’ai aimé qu’une seule fois
une fille de 16 ans
mais ses parents eux
ne m’aimèrent pas

Elle est resté la même
et si mon nom à moi
est dans cette histoire
effacez le à tout jamais
car aujourd’hui je ne suis plus qu’un hobo,
je ne suis plus qu’un joueur

Cette chanson a été collecté dans les années 30 par la famille Lomax et enregistrée pour la première fois par alan lomax avant d’être reprise par le jeune bob Dylan au début des années 60.
Comme la chanson house carpenter, the wagoners’ lad a eu un fort impact sur le jeune zimmerman qui la réécrira en 1965 sous le nom de farewell angelina. Bob Dylan a largement repris la mélodie de la chanson originale. Il est également resté fidèle, en filigrane à l’histoire originale, celle d’un Adieu. On peut inclure cette œuvre dans un temps chronologique qui se situe entre the wagoner’s lad qui décrit la dernière nuit des amants et I’m a rambler, i’m a gambler qui parle de la vie de hobo du jeune homme après la séparation. Farewell angelina décrit le moment du départ.

Voici la version de Joan Baez
Image de prévisualisation YouTube
La chanson connaîtra d’autres déclinaisons célèbres. Je pense par exemple au morceau My Horses Ain’t Hungry enregistré en 1926 par Kelly Harrell.
Image de prévisualisation YouTube
La mélodie est exactement la même que celle de Dylan et les paroles faisant allusion à un cheval qui n’a plus faim et qui est prêt pour le grand départ ne laissent aucun doute sur le lien de parenté entre My Horses Ain’t Hungry et the wagoner’s lad. En effet une allusion est expressément faite à ces chevaux dans la chanson enregistré par Buell kazee.
« Your horses are hungry, go feed them some hay «
Cependant, le destin des amants est différents dans les deux oeuvres. Dans the wagoner’s lad la femme se plie à la volonté de ses parents alors que dans My Horses Ain’t Hungry l’amant envisage le départ du couple, à dos de cheval, vers des terres lointaines où, ensemble, ils pourront construire leur maison.
Il est également intéressant de noter que Buell Kazee a nommé la chanson the wagonner’s lad (loving nancy ). très peu de folkloristes se sont penchés sur l’allusion du chanteur à une certaine Nancy.
Quelques recherches m’ont faites découvrir une chanson du nom de loving sandy enregistré par dock boogs dans les années 60 pour le label folkways.
Image de prévisualisation YouTube
Lorsqu’on s’attache plus précisément aux paroles de la chanson on se rend compte que le thème est exactement le même (un garçon est sur le départ car son amour avec sa fiancée est impossible). D’autres part on retrouve plusieurs allusions au niveau du texte à la chanson the wagoner’s lad . Je pense par exemple au vers « My wagon’s well-greased and my whip’s in my hand «  qui est présent dans les deux chansons. On retrouve également l’’allusion à la désapprobation parentale, exactement comme dans la chanson d’origine. Il est donc très probable que cette chanson soit la même histoire que the Wagoner’s lad mais chanté du point de vu du garçon.
L’amoureuse selon les versions se nomme parfois Nancy,poly mary ou angelina., mais Dylan lui même dira :
Call me any name you like
I will never deny it
car, si la forme peut changer, le fond est toujours le même. Cette chanson aborde le thème de la condition féminine dans une Amérique qui a hérité du droit patriarcal Anglais avant de plonger dans la guerre d’indépendance et de sécession au même moment que se faisait la conquête d l’Ouest. Dans cet univers très masculin plusieurs femmes se sont pourtant illustrées.

Pendant la guerre d’indépendance américaine Les femmes patriotes boycottaient tout d’abord les marchandises britanniques comme le thé et fabriquaient leurs propres vêtements pour éviter d’en importer. Certaines organisations de femmes, comme la Ladies Association de Philadelphie, collectèrent des fonds pour aider l’armée et beaucoup suivirent les soldats pour soigner les blessés. Certaines d’entre elles se travestissaient même en homme pour se battre à leur côté ! Deborah Samson Gannett ,par exemple, servit pendant 17 mois sous le nom de Robert Shurtliff et fut libérée de son service à West Point, sans que son déguisement n’ait été percé à jour par ses compagnons d’armes et sa hiérarchie. D’autres comme Lydia Darragh ont joué le rôle d’espionne et sont restés célèbres aux Etats Unis pour leur apport à l’effort de guerre. Certaines femmes eurent même un important rôle politique durant cette période. Abigail Adams épouse de John Adams, deuxième président des Etats Unis a énormément influencé son mari. Beaucoup de lettres en témoignent, à tel point que l’on peut affirmer sans peine que le mandat de son mari aurait été complètement différent sans sa femme.

Durant la guerre de sécession, qui frappa les Etats Unis entre 1861 et 1865, on retrouva, encore une fois, de nombreuses femme soldats : Loreta Velazquez par exemple, devenue lieutenant dans l’armée confédéré en portant une fausse moustache et en rembourrant son blouson! Mais la plus célèbre reste sans nul conteste Sarah Emma Edmonds qui servit en tant qu’homme dans l’armée de l’Union et dont les exploits sont décrits dans le livre Nurse, Soldier, and Spy dans lequel elle parle de son incroyable art du déguisement. Ce livre se vendra à 75000 exemplaires et lui permettra d’inscrire son nom au Panthéon des femmes du Michigan.

Si les femmes eurent donc leurs heures de gloire sur les champs de batailles elles eurent, aussi et surtout, une influence capitale sur l’évolution des mentalités aux Etats Unis. L’écrivaine Harriet Beecher Stowe par exemple ! Après avoir rencontré des esclaves fugitifs à Cincinnati, elle écrivit « La Case de l’oncle Tom », livre qui changea l’opinion sur les esclaves et fut une des causes de la guerre civile. Elle devint une célébrité et un écrivain reconnu, bien qu’elle ait commencé sa carrière dans un monde dominé par les hommes. Elle fut reçue en 1862 par le Président Lincoln qui lui dit : « Ainsi vous êtes la petite femme qui a écrit le livre ayant provoqué cette grande guerre ».
Harriet Tubman a, elle aussi, changé l’Amérique. Née esclave  elle réussit à s’enfuir et aida par la suite de nombreux esclaves à s’évader. Devenue une figure de proue du Chemin de fer clandestin (Underground Railroad), ses actions lui valent les surnoms de Moïse noire, Grand-mère Moïse, ou encore Moïse du peuple noir. Son souvenir est toujours honoré aux Etats Unis lors du Harriet Tubman Day. Son portrait aurait d’ailleurs du figurer à partir de 2020 sur les billets de 20 dollars mais le président Donald Trump s’y opposa. Sa mémoire inspira le combat pour les droits civiques, de martin luther king à Rosa Parks.

Impossible de finir ce chapitre sans parler des femmes qui ont participé à la conquête de l’Ouest ! L’émission « ils ont fait l’histoire » diffusé en novembre 2019 a été consacré à ce sujet. « Quand on pense à l’Ouest américain, nous dit Jérôme Prod’homme, on imagine les indiens, les cowboys, la cavalerie qui arrive toujours en retard, les saloons, les attaques de diligences, bref, pas mal de trucs où ce sont les mecs qui interviennent pour le meilleur et pour le pire. Elles ont pourtant été là, les femmes, pendant la conquête de l’ouest. Bien souvent au boulot pendant que leurs bonhommes s’entretuaient. Mais il leur est arrivé de tenir également le devant de la scène. Calamity Jane, par exemple, de son vrai nom Martha Jane

Cannary, née en 1850 dans le Missouri est. Devenue éclaireuse pour l’armée américaine, elle s’habilla en homme et participa aux guerres indiennes en prenant les mêmes risques que les hommes et en développant un art redoutable du tir à la carabine. Devenue célèbre, elle sera le clou du spectacle de l’exposition panaméricaine de Buffalo en 1901 avant de mourir pauvre et alcoolique deux ans plus tard.
Un peu plus jeune que Calamity Jane, Annie Oakley, née Phoebe Ann Moses en 1860 se fit remarquer très jeune au tir. Championne à l’âge de 16 ans, elle affronta le meilleur tireur d’Amérique, Franck Butler. Elle sortie vainqueur du duel….Avant de l’épouser !Buffalo Bill la recruta, avec son mari, pour son Wild West Show, et Sitting Bull lui donna son nom de Scène « la petite femme au tir sûr ».. Il faut dire qu’elle faisait 1m50. Pour vous donner une idée de son talent, à 28 mètres de distance, d’une balle, elle coupait une carte à jouer en deux. Elle réussit même d’une seule balle à enlever les cendres de la cigarette fumée par son mari. Elle sidèra jusqu’à l’empereur allemand Guillaume II en lui faisant le même coup alors qu’il avait une cigarette aux doigts. Devenue l’une des premières actrices de cinéma en 1894, Annie Oackley poursuivit sa carrière jusqu’à sa mort en 1926. Ces femmes cow boys ont montré le chemin à de nombreuses autres, puisque, aujourd’hui, sur près de deux millions de fermes aux Etats Unis, plus de 14 % sont dirigées par des femmes.
Sources

https://www.ouest-france.fr/bretagne/ille-et-vilaine/fortes-femmes-du-far-west-5775530

https://www.francebleu.fr/emissions/ils-ont-fait-l-histoire/quand-les-expositions-universelles-annoncaient-le-futur

https://www.lci.fr/international/cow-girls-les-femmes-a-la-conquete-de-l-ouest-2125704.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sarah_Emma_Edmonds

https://ccffcw.clicforum.com/t2686-LES-FEMMES-PENDANT-LA-GUERRE-DE-SECESSION.htm

https://fr.wikipedia.org/wiki/Femmes_dans_la_r%C3%A9volution_am%C3%A9ricaine

https://weeniecampbell.com/wiki/index.php?title=Loving_Nancy

https://mainlynorfolk.info/folk/songs/thewagonerslad.html

https://mudcat.org/thread.cfm?threadid=117428

https://maxhunter.missouristate.edu/songinformation.aspx?ID=485

https://mudcat.org/thread.cfm?threadid=117428

Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits par thevox67
Charger d'autres écrits dans Anthology of American Folk Music

Laisser un commentaire

Consulter aussi

Chapitre 3 de l’Anthologie de la Folk Américaine d’Harry Smith : HOUSE CARPENTER interprété par Clarence Ashley

Aujourd’hui je vais vous parler de ce qui est sans doute une des chansons les plus c…